L’histoire de Johanna

Un grand merci à Johanna pour nous avoir partagé son quotidien, en espérant que vous allez peut-être mieux comprendre comment une personne atteinte d’un TCA peut se sentir au fond de sois.

Je m’appelle Johanna, j’ai dix-sept ans, et je « souffre » d’anorexie mentale restrictive.
Si vous me croisiez dans la rue, vous ne l’imagineriez pas. Vous verrez une jeune fille un peu ronde mais qui a l’air bien dans sa peau, souriante, attachante, chaleureuse. Vous vous tromperiez.

Chaque jour c’est la même chose. Je me lève, je me pèse. Je hurle toujours. Même quand j’ai perdu, ça commence par un cri de joie, puis ça finit en cri de rage, en plainte maladive, de n’avoir perdu « que ça », de peser « autant que ça », alors je m’assois sur ma balance et je pleure.
Je me dirige ensuite à la cuisine, je mets de l’eau à bouillir et choisis parmi mes quelques centaines de sachets de thés. Pendant que l’eau bout, épreuve que je me suis imposée quotidiennement, j’ouvre tout, frigo, placard, et tout ce qu’il y a dedans. Je respire les pots de Nutella, caresse les emballages, ouvre et referme tout, sans jamais toucher à rien, je ne crise jamais le matin. Ensuite cela dépend, quelques fois je décide de manger, quelques fois non. Puis le calcul commence, il y a longtemps que je ne mange plus que des nombres et non pas de la nourriture.

Petit-déjeuner : une tasse de thé vert à la rose, 0 kcal. un litre d’eau citronnée, 0 kcal. une salade de fruits individuelle, 65 kcal. « à peine levée que tu te gave déjà, grosse vache. »

Ensuite j’essaye de m’occuper (non, je ne vais pas en cours…l’image que j’ai de moi me ronge et me paralyse au point que sur ces trois dernières années, j’ai fait au total 2 mois de cours.) comme je peux, je cherche toujours plus d’aliments et plats peu caloriques, tiens, un frappucino à 30 kcal, je note, des minis pizza à 15 kcal, je note aussi. Je ne reste jamais sans rien faire, je bouge assise sur place, fais trembler mes jambes, tout est bon pour dépenser des calories. Un peu de sport aussi, des abdos, des jumping jacks, des lifts, des écartements de jambes…dire que je ne suis pas sportive, l’anorexie ça change la vie.

Puis je vais à la salle de bains me re-peser, si je suis toujours au poids du matin, c’est gagné.

Viens l’heure du déjeuner, la plupart du temps je suis seule alors je me débrouille. 100g de riz, 3 tranches de chorizo extra-fort, deux tranches de poivrons en dés = 120 kcal. « c’est 120 de trop. tu me dégoûte. »

Ensuite je dois lutter pour ne pas vomir, j’ai réussi à arrêter la mutilation grâce à mon chéri c’est déjà ça. « on se demande ce qu’il fout avec toi, il fait même pas 50kg et toi grosse truie tu fais au moins dix tonnes. » J’essaye de ne pas vomir, je soulage cette envie de faire disparaître la nourriture en faisant encore un peu de sport. Parfois, je suis satisfaite d’avoir mangé, et dans ces moments là je me hais plus que jamais.

L’aprèm se passe généralement comme la matinée, cette obsession ne me quittant jamais. Le soir est plus compliqué, ma mère rentre du travail et veut manger, là c’est l’apocalypse et il faut que je me débrouille pour choisir le plat, pour qu’elle ne réalise pas que je tire les ficelles, et parfois elle rentre tard alors j’en profite pour sauter le repas et je salis des couverts pour faire croire que j’ai mangé.

Dîner : 100g de courgettes, un peu d’escalope de poulet sauce japonaise = 130. « tu te rends compte que t’es à 315 aujourd’hui ? tu me dégoute pauvre fille ».

J’enchaîne avec une centaines d’abdos, de jumping jacks, de lifts, au moins 300 mouvements.

Puis je vais me peser, j’ai reis 200/300g, je me hais. Je file au lit avant de craquer, sortir du lit pour aller vomir, en me débrouillant pour que tout sorte.

Alors je retourne m’allonger, le ventre vide et léger, mais l’esprit toujours aussi torturé. Je change mon fond d’écran et mon fond d’écran verrou pour la septième fois de la journée, toujours une nouvelle photo de corps élancés, d’os qui ressortent, de côtes visibles, de perfection.

Je ne suis jamais satisfaite, alors je soulève ma couette et fais des abdos, encore et encore, dans le noir, toujours rêvant de perfection, jusqu’à ce que le sommeil daigne m’emporter.

Vous souhaiteriez savoir à quoi peut bien penser une anorexique ? Je vous fais un petit résumé : « Si seulement je pouvais être plus MINCE »

Le vrai problème de l’anorexie, c’est qu’une fois que tu vois les résultats…cela devient une addiction.

– Johanna, 17 ans –

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